#6 Chronique cinéma – Joker

Plusieurs semaines après tout le monde, je me suis rendue au cinéma, pleine d’espoir, pour aller voir ce film dont tout le monde parle : Joker. Bon en vrai je l’attendais avec impatience. Joker. Ce personnage qui me fascine depuis longtemps a enfin son film à lui. Oui parce qu’on va considérer que le film Batman de 1989 réalisé par Burton est un Batman de base (même si, entre vous et moi, on sait tou·tes ce qu’il en est). Tout était là pour me plaire. Les premières images étaient prometteuses, Joaquin Phoenix est un acteur talentueux, bref, j’étais (presque) pas saoulée de voir quelqu’un reprendre le rôle laissé par Ledger il y a plusieurs années. Je dis presque parce que j’en ai marre de voir tout le monde comparer Ledger, Nicholson, Hamill, Leto et Phoenix. Voilà, donc si vous voulez voir une comparaison des best Joker, vous êtes au mauvais endroit. D’ailleurs, si vous voulez lire une énième critique saucer le film, vous êtes aussi au mauvais endroit. Parce que, en ce qui me concerne, Joker est une énorme déception.

Joker en bref

Titre original : Joker
Titre français : Joker
Réalisation : Todd Phillipps
Date de sortie française : 09 octobre 2019
Acteurs principaux : Joaquin Pheonix, Zazie Beetz, Robert de Niro
Bande annonce
Ma note :  2/5

Mon avis (pour ce que ça vaut)

Bon, je n’ai pas aimé le film, mais il faut rendre ce qui est à César à César. D’abord, le film est très bien réalisé. La photographie est sublime, le film pourrait être simplement contemplatif, je ne pense pas qu’on s’ennuierait tant que ça devant. L’esthétique générale est vraiment bien maîtrisée, et correspond, selon moi, parfaitement à ce que l’on peut attendre d’un tel film. De ce côté là, je ne peux pas dire que le film m’ai déçue. De la même façon, j’ai trouvé Joaquin Phoenix vraiment très bon dans le rôle. On l’oublie complètement pour ne laisser place qu’à Arthur Fleck ce personnage au combien… Je ne trouve pas de mot juste ou pertinent pour le décrire. Quelque part, c’est un bon point, ça signifie que le personnage est (supposément) intéressant. Complexe. Tout ça est à la fois vrai et faux. Si on veut voir en Arthur Fleck un personnage intéressant et complexe, on peut le trouver. Mais la vérité, c’est que derrière quelques caractéristiques singulières… Arthur Fleck n’est rien d’autre qu’un mec banal. Tout ce que le Joker, lui, n’est pas.

C’est une première chose qui m’a déplu dans le film. Le personnage du Joker est très complexe, il en existe, en plus, plusieurs centaines de versions. Mais presque toutes avaient gardé un point commun : ce que fait le Joker n’est pas légitime. Il n’a pas de raison d’être ce qu’il est ou de faire ce qu’il fait, et c’est d’ailleurs ce qui le rend intéressant. Tout le film ne fait que banaliser et légitimer les actes (horribles) de Fleck (vous voyez, j’ai même pas envie ou le réflexe de l’appeler Joker). Et selon moi c’est un premier problème, car on perd là une caractéristique essentielle du personnage. On tente de donner un sens à quelque chose qui n’est pas censé en avoir. Je n’ai jamais été contre les réécritures qu’on s’entende, j’ai, par exemple, adoré la trilogie de Nolan (qui n’a rien a voir avec les comics ou quelconque autre version des personnages intégrés dans ces films) ou même la série Gotham (bon pas tout le temps but still). S’éloigner et s’approprier le matériel de base, c’est le travail d’une adaptation. Mais lorsque l’on touche à une caractéristique aussi importante du personnage je pense qu’il faut faire les choses correctement, et là, ce n’est pas le cas.

Déjà, peut-on s’attarder deux minutes sur le fait qu’il n’y a aucun suspens dans ce film ? Je veux dire, on devine très facilement à peu près tout ce qui se passe dans le film… Je crois n’avoir été surprise qu’une seule fois, et encore, partiellement seulement. Et c’est symptomatique de quelque chose qui m’a beaucoup gêné (oui bon OK beaucoup de choses m’ont gêné) : tout est traité en surface. J’veux dire, il est clair que le film a envie de faire du social. Le pauvre Arthur Fleck et sa maman vivent dans de misérables conditions, et… C’est tout ? J’ai aussi été hyper déçue par le traitement du handicap dans le film. OK on voit bien que les personnes valides autour de lui sont hyper oppressives. Mais par exemple, j’aurais apprécié qu’on s’attarde un peu plus sur le système médical et social aux Etats-Unis. La santé est un luxe là bas et pas seulement dans la ville fictive de Gotham, donc tant qu’à faire, pourquoi ne pas faire un vrai parallèle histoire de donner un intérêt à ce film ?

Plus que les problématiques sociales, il semble qu’Arthur ait un vrai problème avec les femmes, ce qui m’amène au point qui m’a vraiment le plus gêné : le traitement des femmes (et des minorités de manière générale) dans le film. Les femmes sont toujours (TOUJOURS) blâmées dans le film. La voisine de pallier ne lui donne visiblement pas assez d’attention (lui doit-elle ?), sa mère est accusée d’être une menteuse pathologique (il semblerait qu’elle ne le soit pas, mais à priori ça, on s’en fiche quelque peu), et dès qu’une femme est mentionnée dans le film, c’est pour en faire des blagues misogynes au mieux, et au pire, les sexualiser à mort. On en est donc encore là en 2019 ? Les personnages féminins ne servent qu’à ça ? S’il vous plait, réveillez-vous.

Pour conclure

Je trouve vraiment ce film sans intérêt. Donner au Joker des raisons d’être ce qu’il est était déjà (selon moi), une mauvaise idée, mais en plus… Quelles raisons ? Personne est gentil avec moi ? Maman est pas sympa ? Papa est parti ? On ne voit la misère que d’un seul homme quand il est clair qu’il y a bien plus miséreux que lui. Expliquer la folie du Joker par un handicap est aussi quelque chose de bancal. Socialement et politiquement parlant le film est vide alors que tout est censé reposer là dessus. Les femmes sont extrêmement mal traitées. Vraiment, ce film peut remercier Joaquin Phoenix qui est un acteur exceptionnel ainsi que son directeur de la photographie car tout le film repose sur leurs épaules.

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